Une place pour chaque enfant,
dans une école proche de son domicile
et socialement mixte
Publiée le 15/5/2026
Lien vers le site du Soir pour les abonnés
Ces jours-ci il est de nouveau question de jeunes sans place dans des écoles secondaires. Et ne parlons même pas de l'inscription en primaire, qui n’est soumise à aucune forme de régulation, donc soumise au bon vouloir des écoles et de leurs pouvoirs organisateurs.
Et si, au lieu d’obliger les parents à trouver eux-mêmes une école pour leur enfant, on commençait par leur en proposer une ? Il n’y aurait pas d’obligation, les parents restant libres d’accepter l’école proposée ou d’en choisir une autre. Mais ils auraient ainsi la certitude d’une place garantie dans une école proche de leur domicile et socialement mélangée ? Cette procédure serait mise en œuvre dès la maternelle et tout au long du tronc commun, chaque fois qu’un changement d’école est nécessaire.
Tel est le projet du collectif Une place pour chaque élève pour combattre la ghettoïsation persistante de l’enseignement, sans toutefois toucher à la liberté de choix des parents.
Le 27 septembre dernier, ce collectif organisait une « conférence de consensus » sur le CampusU de Charleroi. Les 150 participants et participantes ont pu entendre les analyses d’experts concernant les causes, mécanismes et conséquences de la ségrégation sociale dans l’enseignement ainsi que concernant les conditions de réussite d’une politique de mixité sociale.
Un jury citoyen, sélectionné parmi les participants pour la diversité qu’il représentait — professionnels de l’éducation issus de divers réseaux, niveaux et types d’enseignement, parents appartenant à diverses catégories sociales, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes… — a répondu à quelques questions telles que « Est-il souhaitable de promouvoir la mixité sociale à l’école ? Pourquoi ? » ou encore « L’initiative proposée par le collectif Une place pour chaque élève est-elle de nature à réduire la ségrégation actuelle ? », etc. Ce jury citoyen était présidé par le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, ancien vice-président du GIEC.
Au terme de plusieurs réunions, le jury vient de publier ses conclusions. Il relève tout d’abord que « la Belgique figure actuellement parmi les pays champions des inégalités scolaires » et que « l’aspect très ségrégatif du système d’enseignement (..) est en partie responsable de l’important niveau (de ces) inégalités socio-scolaires ». Le jury estime que davantage de mixité sociale « favoriserait une plus grande cohésion sociale ainsi qu’une culture de la tolérance ». Il explique : « Parce qu’elle prépare le citoyen de demain, l’institution scolaire se doit d’outiller les élèves afin qu’ils puissent s’inscrire de façon heureuse dans une société marquée par une forte diversité ». Le jury développe encore pourquoi la mixité sociale favoriserait « une citoyenneté critique », « une émulation bénéfique our tous » ainsi que « le bien-être des membres des équipes éducatives » en évitant de faire porter une lourde charge sur les seules épaules des écoles ghettos.
À propos de la proposition de réforme du système des inscriptions proposée par le collectif Une place pour chaque élève, le jury formule un avis sans équivoque, estimant non seulement qu’elle est « de nature à réduire la ségrégation socio-scolaire actuelle », mais encore qu’elle est « techniquement faisable » (notamment en raison du respect du principe de liberté de l’enseignement inscrit à l’article 24 de notre Constitution), « financièrement soutenable, car ne nécessitant que des dépenses modérées » et qu’elle aura « un impact systémique progressif et positif sur notre enseignement » en s’attaquant à la racine de la ségrégation et en se déployant progressivement des premières aux dernières années du tronc commun.
Le texte intégral des conclusions du jury citoyen, compte plus de cinquante pages et peut être consulté sur le site du collectif, www.uneplace.be. Il développe en détail tous les points brièvement mentionnés ici. Il suggère également quelques améliorations à la procédure proposée par le collectif et examine à quelles conditions cette procédure pourrait être « socialement acceptable » (pour les parents, les enseignants, les élèves, les gouvernants, etc.) et profitable pour la société. Il souligne par exemple la nécessité de réfléchir davantage à « la prise en charge des élèves aux besoins spécifiques ».
Depuis un an, les membres du collectif « Une place pour chaque élève » multiplient les rencontres pour promouvoir leur proposition. Ils ont été reçus au ministère, ont rencontré les différents partis politiques, des responsables de réseaux d’enseignement ou d’associations de parents… Forts de l’avis très favorable et très circonstancié de ce jury citoyen indépendant, nous pourrons maintenant redoubler d’efforts pour promouvoir cette initiative.
· Alessandra Bilani (Éducation populaire - Mouvement Freinet)
· Geoffroy Carly (CEMÉA)
· Daniel Cornesse et Julie Macq (CSC francophone)
· Marcel Crahay (Prof. honoraire Uni. Genève)
· Bernard Delvaux, (Sociologue, UCLouvain-GIRSEF)
· Marc Demeuse (UMons)
· Cécile Gorré et Nico Hirtt (Aped)
· Roland Lahaye et Xavier Toussaint (CSC-enseignement)
· Moritz Lennert (CGé)
· Marigona Ljatifi (Ligue des Droits de l’Enfant)
· Adrien Rosman (SETCA-SEL)
· Luc Toussaint et Jorre Dewitte (CGSP-enseignement)